Politique Etrangère

Bonjour,

Je n’estime pas qu’il soit de très bon ton de se faire la bise entre chef d’État, de se faire des roucoulades, ou de se brosser les revers de veston devant les caméras. Ce sont autant d’effusions qui brouillent une donnée fondamentale : Les États établissent entre eux des rapports de concurrents, voire d’adversaires, ou pire encore des rapports de vassal à seigneur.

François Hollande et Emmanuel Macron, tous les deux, le jour même de leur investiture à l’Élysée, bondissant dans un avion en partance pour l’Allemagne et se “présentant“ à Angéla Merkel, évoquent assez piteusement, ce rite médiéval de l’hommage lige que le vassal était tenu de rendre à son nouveau seigneur. L’empressement de nos dirigeants à courir pour bisouiller Merkel, chez elle, dans son fief, en Allemagne, relève de cette même symbolique de la soumission à un État étranger.

Et nous revoilà dans cette logique des blocs, qui a conduit le monde durant toute la guerre froide. Des blocs, où l’on trouve toujours le leader qui dicte une politique étrangère, à laquelle ses États satellites devront se conformer. La logique des blocs a 6 ans d’âge mental : « Si tu n’es pas avec moi, alors tu es contre moi, c’est-à-dire avec l’autre ! Les amis de mon ami sont mes amis. Les amis de mon ennemi sont mes ennemis ! Et les ennemis de mon ennemi sont mes amis. » Cependant, nous avons oublié que, même dans les moments les plus dangereux de la guerre froide, face à la mécanique des blocs, existait déjà la stratégie des équilibres...

Face à la diplomatie des blocs, existait la diplomatie des équilibres. Cette diplomatie des équilibres fut jadis mise en place avec succès, par une puissance moyenne appelée la France ! À l’initiative d’un homme, appelé Charles De Gaulle !

En quoi consiste la stratégie et la diplomatie des équilibres ?

Elle exige d’abord un peu de finesse, en posant des analyses de rapports de forces entre les blocs en tout point du globe, sur toutes les situations militaires, monétaires, les marchés, et les matières premières, et sur tous les enjeux, conflits, et compétitions du moment. La stratégie des équilibres exige de n’appartenir à aucun bloc, ou à tous les blocs indistinctement, ce qui revient au même.

Cela signifie une diplomatie indépendante, que nulle puissance étrangère n’est autorisée à nous dicter, quitte à devoir procéder parfois à des rappels à l’ordre. Cette indépendance préserve à la France le choix de la neutralité, notamment chaque fois que le rapport de force est déséquilibré, donnant un avantage évident à un bloc ou à une puissance.

Mais lorsque les rapports de forces sont à l’équilibre, et peuvent basculer vers un camp ou vers l’autre, alors la France peut peser sur l’un ou l’autre plateau de la balance, choisir son champion, donner l’avantage au bloc ou à la puissance qui offre à la France la meilleure contrepartie.

C’est cela la stratégie des équilibres ! C’est-à-dire une diplomatie à géométrie variable, infidèle, et imprévisible... C’est toujours prendre la diagonale du fou au mieux des intérêts nationaux. De Gaulle fut un formidable funambule de la stratégie des équilibres, évitant à la France de devenir en 1945 une vulgaire zone d’occupation américaine.

Après son retour au pouvoir, des actes tels que : la bombe atomique, le retrait de l’OTAN, les traités commerciaux avec l’Union soviétique, le soutien occulte des pays non-alignés, ou le discours de Phnom Penh condamnant l’intervention américaine au Vietnam, sont quelques exemples emblématiques de la diplomatie des équilibres orchestrée par le Général De Gaulle.

Vous l’avez compris, la Gauche patriote est viscéralement gaulliste dès qu’il s’agit de politique étrangère, de relations internationales, et d’accroître le poids politique de la France dans le monde. Nous sommes donc partisans d’un abandon définitif de cette stratégie des blocs, initiée par Giscard d’Estaing et confortée par Mitterrand, pour revenir à une approche Gaullienne qui, en libérant la France de certaines entraves, augmentera nos marges de manœuvre dans les domaines monétaires et économiques.

Aujourd’hui, à quels blocs la France s’est-elle laissée enchaîner ?

D’une part, il y a le bloc américain qui nous impose une double chaîne, militaire et commerciale. L’OTAN est l’alliance militaire que De gaulle avait brisée, mais que ses successeurs ont progressivement et très discrètement renouée. Heureusement, cette relique de la guerre froide est en train de se déliter. Les USA, premier financeur, cherche à s’en retirer, le Royaume-uni lui emboîte le pas, et la France ne devrait plus tarder à tirer les mêmes conclusions. Aujourd’hui, il faut être Allemand ou Polonais pour croire encore au bouclier de l’OTAN.

L’autre chaîne est hélas plus solide et cent fois plus contraignante, c’est la somme des traités commerciaux. Tous rédigés sous la dictée exclusive des Américains, imposés par les Américains et l’idéologie libérale. Des traités que la France a accepté et signé, toujours à son désavantage.

Les pires de tous furent les accords du GATT de 1994, qui sifflèrent le coup d’envoi de ce qu’on appelle aujourd’hui la Mondialisation, c’est-àdire la machine infernale à faire souffrir les peuples. Il n’est pas acceptable qu’un seul gouvernement, épisodique, engage la signature de la France et de ce fait engage et ligote tous les gouvernements ultérieurs, interdisant ainsi tout autre choix de politique étrangère pour les décennies futures.

La Gauche patriote proclame qu’aucun traité international, engageant la parole de la France sur le long terme, n’est valide ni légitime, s’il n’a été approuvé par le peuple et par voie de référendum. Il résulte de ce principe que des traités tels que : le GATT, le TAFTA, le MERCOSUR, le CETA, et une trentaine d’autres, n’ont à nos yeux aucune valeur juridique, que la parole de la France n’est pas engagée, puisque la parole des Français ne s’est pas fait entendre... Ce ne sont que des chiffons de papier.

Le second bloc auquel la France est enchaînée est évidemment l’Union Européenne. De même que l’OTAN est le jouet des Américains, l’UE est le jouet des Allemands. Depuis le traité de Maastricht, tout ce que l’Allemagne a voulu l’UE l’a fait, tout ce que l’Allemagne veut, l’UE le fera.

Telle est la règle éternelle des blocs dont un pays se trouve en position de leader incontestable. 22% du PIB total de l’UE est Allemand, la France se traîne derrière avec seulement 14%. Le PIB de l’Allemagne, c’est une fois et demi celui de la France, quant au volume d’exportation c’est le triple des exportations françaises...

Forte de sa position dominante, pourquoi la 4ème puissance économique mondiale se retiendrait-elle de se comporter tel le patron de cette institution nommé Union Européenne.. Ajoutez à cela que l’économie, et donc la politique, de certains États ont été totalement vassalisés par l’Allemagne, à savoir l’Autriche, les Pays-bas, le Luxembourg, la Tchéquie et la Pologne. Ils forment un bloc dans le bloc, que l’on pourrait appeler : Germania ! Germania, tel est le mot juste pour désigner cette chose que les naïfs et les corrompus s’obstinent à nommer Union Européenne. La France n’a rien à gagner à devenir un satellite de Germania.

Notre voix sera de plus en plus marginalisée, nous y avons laissé beaucoup de plumes et, avec les derniers abandons de souveraineté qui se mijotent, nous en laisserons encore plus...

La vraie question à se poser n’est plus : faut-il ou non quitter l’UE ? Les Patriotes sont suffisamment clairs sur ce point. La question est comment quitter l’UE ? À titre personnel, je répondrais en y faisant un maximum de dégâts ! Pas question de se retirer à l’anglaise, sur un référendum flou et des négociations d’épiciers. Inutile de quitter l’UE en gentlemen, face aux voyous de la Commission à Bruxelles. Nous leur infligerons une succession d’actions unilatérales, non négociées, et sans avertissement qui seront autant de manifestations éclatantes du retour à la souveraineté de notre pays.

Si la France ne pèse pas assez pour prendre le contrôle de l’UE, elle pèse encore assez lourd pour la détruire. Cela signifie qu’avant de défaire le dernier lien, nous devons dynamiter l’Union Européenne, afin qu’il n’en reste rien, sauf peut-être Germania... Si nous désirons sincèrement bâtir l’Europe des peuples, il faudra commencer par dynamiter ce monstre qui dévore la démocratie.

Le dynamiter, afin de reconstruire en mieux, la véritable Europe, sur des bases généreuses et respectueuses, une Europe à visage humain ! Enfin, je veux démentir le mensonge grotesque des Eurolâtres qui veulent faire croire aux Français qu’une sortie de l’UE conduira à l’isolement international de la France. C’est exactement le contraire qui arrivera. C’est aujourd’hui, engluée dans la gangue de l’UE, entravée par les stratégies de Germania, que la France est isolée de la scène internationale. Isolée par la perte de son indépendance, isolée par la perte de ses influences et de sa crédibilité.

À l’inverse, le retour de nos souverainetés et le retour à la diplomatie des équilibres remettra la France au centre du jeu international.

Voici en trois exemples, comment sortir vraiment la France de l’isolement dans lequel l’UE l’a confiné. Nous avons de réelles opportunités à saisir en construisant des partenariats, hors UE, avec des puissances émergentes comme l’Inde ou le Brésil, en sélectionnant les complémentarités industrielles, et en passant des accords bilatéraux incluant des tarifs douaniers réciproques et privilégiés. Ce qui est aujourd’hui impossible, compte tenu des règles que Bruxelles nous impose.

Considérons également notre situation à l’égard de la Chine, un régime pour lequel je n’ai aucune sympathie particulière. Mais étrangement, la sinophobie est à la mode et participe du discours guerrier des Europhiles, sur le slogan : « Tous unis contre la Chine ! ». Contre la Chine, que fait l’Union Européenne, rien ! La Chine ne sert que d’épouvantail... Nul n‘ignore l’oeil rapace avec lequel la Chine regarde l’Afrique, malgré la grande instabilité de ce continent. Que font les Europhiles, à part constater et déplorer ? Ils envoient nos soldats jouer aux gendarmes et aux voleurs avec des bandits de grands chemins qui se disent djadistes... Au final, ce sont nos hommes qui meurent là-bas ! Or, qui va tirer les marrons du feu ? La Chine ! Pour la France, rien d’autre à gagner que des noms à rajouter sur nos monuments aux morts...

Pourtant, un partenariat ponctuel avec la Chine, intelligent et avantageux pour la France, peut se concevoir dans la situation présente. Engranger un bénéfice concret de la présence de nos troupes en Afrique, et donner un sens à la mort de ceux qui sont tombés là-bas. Inutile de vous dire que ce genre de deal franco-chinois provoquerait les cris indignés des Europhiles et les foudres de Bruxelles...

Dernier exemple de diplomatie des équilibres, celui du bras de fer permanent que nous impose l’Allemagne, et que nous perdons toujours...

Qu’il s’agisse des dictats germaniques sur les règles de concurrences infligées à nos services publics, ou de l’éradication de nos filières de sous-traitance industrielle, nous avons beaucoup de chose à négocier et à renégocier avec l’Allemagne. Mais ce sera en pure perte et voué à l’échec si nous ne bouleversons pas le rapport de force géopolitique construit par l’Allemagne.

Concrètement, cela signifie que la France doit se rapprocher, sans état d’âme, de la Russie. Car tout ce qui sert les intérêts de la Russie affole l’Allemagne et compromet ses visées hégémoniques en Europe de l’Est. Un retour à la normalisation des relations Franco-russes affaiblirait l’Allemagne.

Certes, il ne s’agit pas de se jeter dans les bras de Vladimir Poutine, pour lequel je n’ai pas de sympathie particulière. Mais supposons que la France annonce la fin de ses sanctions économiques contre la Russie, opposition de l’Allemagne, oui mais que cèdera-t-elle en échange ? La France reconnaît l’annexion de la Crimée, opposition de l’Allemagne : que cèdera-t-elle en échange ? La France révise sa diplomatie pour l’Ukraine : affolement de l’Allemagne, que cèdera-t-elle en échange ? C’est cela, la stratégie des équilibres !

Inutile de multiplier les exemples, tout le monde aura compris que notre pays, trop longtemps phagocyté par la stratégie des blocs, doit rétablir sans délai une politique étrangère indépendante, fondée sur la stratégie des équilibres, et au service exclusif des seuls intérêts de la France.