Bonjour,

Voici 40 ans que les peuples d’Europe sont accablés par les politiques d’austérité. Une austérité imposée sans alternative, par l’invocation d’une seule raison, le refus de considérer la monnaie comme une variable d’ajustement.

La question de la monnaie est au coeur des réflexions économiques de la Gauche patriote. L’économie financiarisée est sous le joug d’une idéologie totalitaire, appelée le monétarisme. Il s’agit d’un dogme, d’une idolâtrie la monnaie qui est vénérée non seulement comme une matière d’échanges, mais surtout comme une matière d’accumulation.

Le culte monétariste construit un sanctuaire autour de quelques monnaies agréées par les marchés financiers, ayant entre elles des valeurs relatives (certes mouvantes) mais dans des amplitudes limitées et encadrées. L’objectif est de créer l’illusion que la monnaie aurait une valeur absolue, voire transcendantale, une monnaie de droit divin !

En fait, l’idolâtrie monétariste poursuit une motivation très rationnelle. Si pour vous et moi, et pour la quasi totalité de l’humanité, la monnaie n’est qu’un moyen d’échange nécessaire pour vivre au quotidien, voire pour survivre... Pour quelques-uns, la monnaie est l’unique mesure de leur fortune. Aujourd’hui, l’essentiel des fortunes mondiales ne résident plus dans le patrimoine, l’immobilier ou les collections d’arts. La fortune, avec la puissance qui s’y rattache, est devenue un alignement de chiffres lumineux sur l’écran d’ordinateur des banques et officines financières. Huit, dix, douze chiffres formant un nombre, telle est la seule matérialité de la fortune des milliardaires de cette planète, dès lors que l’on rajoutera le sigle dollar ou le sigle euro à la suite de ce nombre.

Et si ces chiffres lumineux n’étaient qu’une illusion ? Si soudain ils perdaient leurs sens et leur pouvoir ? Si l’exposant euro ou dollar était brutalement divisé par 1000, divisant ainsi la fortune accumulée dans la même proportion. Voilà le pire cauchemar des monétaristes. Pour que cela n’arrive jamais, ils ont conçu le dogme de la valeur constante et endogène de la monnaie, la monnaie intouchable, la monnaie infaillible !

Les monétaristes dissimulent l’extraordinaire fragilité de la valeur monétaire derrière ce culte aberrant, et ils n’ont pas hésité à employer la conversion forcée pour imposer cette mystique conduisant au sacrifice des peuples sur l’autel de l’austérité !

Les premières victimes de la conversion forcée furent les États. Car pour maintenir l’illusion monétaire, il fallait d’abord arracher aux États le droit régalien de battre monnaie. Ainsi, seul le petit cénacle de la finance eut le droit de tripoter la masse monétaire en circulation. Ainsi, aucune banque (même institutionnelle) ne devait recevoir d’ordre d’aucun gouvernement. Telle était la consigne, elle fut appliquée ! Le jour où la France a signé le traité de Maastricht, la France renonça à son droit régalien de battre monnaie. Le jour où l’euro et la BCE furent mis en place, la France perdait toute autorité sur la quantité et la qualité sa monnaie, impuissante face à la BCE qui, elle-même, n’obéissait plus qu’aux ordres et caprices des marchés financiers.

Sachez-le, Ni Paris, ni Berlin, ni même la commission de Bruxelles ne peuvent peser sur l’Euro. Et lorsque certaines tentatives timides furent quelquefois osées, aussitôt la meute des monétaristes était lâchée pour traiter nos gouvernants de faux-monnayeurs. Or ce droit régalien de battre monnaie appartient aux États depuis plus de mille ans. Faut-il que la classe politique soit tombée en une telle déchéance pour avoir jeter ce sceptre aux orties, et accepter de devenir un simple spectateur de sa propre économie. Non, la monnaie n’est pas une valeur absolue, à vénérer par-delà les États ou leur loi. La monnaie est une variable d’ajustement, c’est-à-dire un outil politique ! Un outil qu’il faut, certes manier habilement, mais un outil que l’on garde dans sa boîte à outils, sans jamais tolérer qu’il soit volé par les banquiers et les spéculateurs.

Depuis mille ans, de Charlemagne à Charles de Gaulle, en passant par Philippe le bel et Poincaré, pas un seul qui n’ait usé de ce droit régalien en tenant sa monnaie comme une variable d’ajustement.

En fonction de quoi faut-il ajuster cette variable ? En fonction des circonstances du moment ! C’est aussi simple que ça ! Les circonstances, cela fait un bon moment qu’elles se présentent à notre pays, avec son cortège de souffrances, de paupérisation des Français, et bientôt viendront les inévitables catastrophes qui provoqueront la désagrégation de l’État. La première urgence est donc la récupération par la France de son droit régalien à battre monnaie.

Tout se réduit donc à un seul défi, comment reprendre ce droit régalien ? À cela je réponds : totalement, brutalement, sans prévenir, en une nuit, et sans demander la permission à personne. Parce que c’est ainsi que l’on agit en matière de finances ! Cela revient-il à déchirer le traité de Maastricht de manière unilatérale ? Oui, cela revient à déchirer un traité international contraire aux intérêts de la France. Et il ne sera que le premier d’une longue liste de traités internationaux qui, dans leur terme, ont affaibli la France, lésé ses intérêts, et profité à des intérêts étrangers.

La Gauche patriote considère qu’aucun traité international ne doit prévaloir sur l’intérêt national. Cela sera tenu pour vrai, tant que la France existera encore ! Une fois ôtée cette petite épine juridique sans grande importance, la récupération de notre capacité à battre monnaie se réduira à quelques astuces techniques. Du reste, peu importe que nous émettions de l’euro, du franc, de la devise, des bons, ou encore autre chose... Peu importe les valeurs nominatives d’émission... En fait, si la France se décide enfin à refaire son métier de banquier, elle trouvera à sa disposition un panel d’outils techniques fabuleux, et autant d’options possibles ne laissant que l’embarras du choix.

Je ne rentrerais pas dans ces détails techniques, notamment parce que les spéculateurs des marchés financiers ont la sale habitude d’anticiper les coups, et donc de tirer les premiers.

En matière de monnaie, un État doit avancer masqué, sans jamais laisser entrevoir quand et comment il va frapper. Le retour au droit régalien de la monnaie s’accompagnera d’un effet de surprise, ajouté à l’effet de stupeur sur nos adversaires de la finance. Nous entrons dans une époque où les dirigeants de ce pays vont devoir réapprendre à faire leurs coups en douce ! Mais avant la riposte des officines et des spéculateurs, il faut nous attendre à combattre l’avant-garde des fanatiques du monétariste. Je peux vous prédire aisément les chiffons rouges, qu’ils s’empresseront d’agiter pour protéger leur idole, justifier l’austérité, et effrayer les peuples avec des mots terrifiants tels que : dévaluation, inflation, explosion des taux d’intérêt.

C’est l’éternelle méthode de la graduation des terreurs... “Préférez l’austérité au chaos, préférez la torture à la potence !“. Non seulement la pensée patriotique de gauche n’est pas dupe de ce stratagème éculé, mais nous pouvons opposer des arguments solides aux hurlements des monétaristes.

Primo, la dévaluation. Dans le petit cercle fermé des monnaies en libre échange, on observe qu’aucune ne peut prétendre à la valeur absolue, ni s’attacher à une référence de valorisation universelle. Je rappelle que l’étalon Or n’existe plus depuis 1971... Autrement dit, dans un système où toutes ces monnaies n’ont qu’une valeur relative entre elles, et rien d’autre, le décrochage violent et définitif de l’une de ces monnaies est impossible, parce que non souhaitable pour les autres monnaies. Nous touchons là au talon d’Achille de la mondialisation. Les monnaies ne tiennent que parce qu’elle se tiennent et se soutiennent entre elles.

Toute dévaluation de l’une est préjudiciable au commerce des autres. Nous en avons vu une démonstration en grandeur réelle, avec l’exemple de la Livre sterling, attaquée par les spéculateurs européens qui voulaient punir le Brexit voté par les Britanniques mais qui ont vite amorti leurs coups dans des limites de prudence, au risque de se punir eux-mêmes.

Secundo, l’inflation. La meute des monétaristes hurlera que toute manipulation de la monnaie se traduirait par une flambée des prix qui mettrait la baguette de pain à 100 euros. Ils n’auront pas peur de ces outrances de langage ni de poser des comparaisons stupides avec les pays ayant une monnaie à cours forcé, ce qui évidemment n’a rien à voir avec le cas de la France. Certes toute intervention sur la masse monétaire globale est inflationniste. Mais c’est de l’inflation maîtrisable, c’est de l’inflation à un chiffre, c’est de l’inflation bénéfique car elle agit comme l’un des ressorts de la croissance.

Bref, c’est de l’inflation anti-austérité, dont les seuls perdants seront les rentiers et ceux qui s’enrichissent en dormant.

Tierce, l’explosion des taux d’intérêt. Dans le contexte actuel, l’explosion des taux d’intérêt relève de la science-fiction. L’axiome selon lequel les taux d’intérêt suivent et dépassent toujours le taux d’inflation doit être laissé aux vieux manuels d’économie du siècle dernier. La vérité est qu’il y a trop d’argent sur cette planète ! Trop d’argent virtuel par rapport à l’économie réelle, trop d’argent en déserrance sur des produits financiers, puis sur des déclinaisons de produits, puis sur du vent ! C’est l’argent qui ne fréquente plus que l’argent, cherchant désespérément à se faire emprunter. Dans le contexte inflationniste actuel, variant entre 1,5 et 2%, les taux directeurs du loyer de l’argent placent déjà les prêteurs en situation d’intérêt négatif.

Cette situation n’est pas prête de changer. Et nous serions idiots de ne pas en profiter. Une fois écartés les sempiternels monstres marins du monétarisme, et recouvert notre droit régalien à battre monnaie, bien des choses vont redevenir possibles.

Notamment, sauver l’État et ses services publics, préserver notre système social et avec lui, la cohésion sociale du pays, puis enfin fabriquer de la croissance par de l’investissement public massif et de long terme pour en finir avec l’austérité !

Puisque les investisseurs privés ont démontré leur infirmité génétique à pondre une croissance supérieure à 2% dans ce pays, il est temps que la puissance publique reprenne les manettes de l’économie française et fabrique une croissance de 4 à 5% par an, cela durant les 30 prochaines années... Pour que cela soit possible, la Gauche patriote a le devoir de répéter inlassablement son discours sur la monnaie, et sur la vision qu’il convient d’adopter à son sujet.

La monnaie est la variable d’ajustement de la politique économique ! Voilà ce que nous allons répéter inlassablement aux Français, jusqu’à ce qu’ils nous entendent, et surtout comprennent tout ce qui en résulte. Cela vaudra autant pour ce qui fera notre vie, notre quotidien, et l’avenir de nos enfants, que pour voir certaines choses avec un autre regard comme, par exemple, la dette souveraine de la France, toujours associée au grand sermon culpabilisateur des prêcheurs monétaristes qui n’est en fait qu’une fiction monétaire de plus.

Lorsque le peuple ouvrira les yeux, il verra que le roi est nu ! Mais dans le cas contraire, alors le peuple souffrira beaucoup ! Car si la variable d’ajustement n’est pas la monnaie, alors, la variable d’ajustement sera le sang et la peau des hommes.

Je vous remercie de votre attention.